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Numéro 31

À la frontière entre la Seine-maritime et la Somme

Les verriers de la vallée de la Bresle

Serge Laloyer

Cette vallée doit son appellation à la rivière qui y serpente jusqu’à la mer.

Enserrée, comme une île entre la forêt d’Eu, la mer, le Vimeu et le pays Dieppois, elle va devenir au cours des siècles l’un des sites verriers les plus importants de France. Cette industrie marque la région d’une emprunte et d’une culture ouvrière particulières.

Aujourd’hui encore, l’économie de la région repose pour l’essentiel sur le développement de cette filière.

La présence d’une importante forêt (la forêt d’Eu et de la Bresle) permettaient à la fois l’exploitation du bois nécessaire au chauffage des fours, et d’extraire de la rivière le sable pour en obtenir un verre opaque à tendance verdâtre. La fougère de la forêt, brûlée et réduite en cendres, donnait la potasse. Enfin les coteaux crayeux de la vallée fournissaient la chaux nécessaire à la fabrication du verre. C’est grâce à la présence de ces éléments que se développent, dès le 15ème siècle, des manufactures verrières.

A la veille de la Révolution de 1789, il existe huit verreries. Au début du 19ème siècle il n’en subsiste que six dans le canton de Blangy-sur-Bresle. Elles disposent de huit fours et consomment 4 500 stères de bois par an. Elles réalisent un chiffre d’affaire de 1 950 000 francs et versent 680 000 francs de salaires.

Au milieu du siècle le bois est remplacé par le charbon pour le chauffage des fours. Ce ne sera pas sans conséquence pour l’emploi et les moyens d’existence de nombreuses familles dont l’activité consistait à l’abattage et au transport du bois jusqu’aux manufactures de la vallée.

A la seconde période du 19ème siècle et au début du 20ème la production se modifie. La fabrication du verre à vitre, appelé verre à plat, est abandonnée au profit de la production du flaconnage pour la parfumerie et la pharmacie.

Syndicat de la verrerie vieille du Tréport au début du 20e siècle; coll. Bruno Garraud

L’automatisation de la production :

La guerre de 1914 prive de main d’œuvre les verreries. Pour pallier cette situation le patronat remplace la fabrication manuelle et soufflée à la bouche du verre par des machines semi-automatiques, ce qui change la nature du travail et les conditions de travail.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale l’usine Desjonquères du Tréport va profiter des avantages du Plan Marshall pour faire de son usine la première verrerie d’Europe pour la production automatique du flaconnage. En 1969 elle sera intégrée au groupe St Gobain. La politique de concentration industrielle et financière intègre, en 1969, Desjonquères au groupe St Gobain.

Actuellement la vallée de la Bresle compte cinq verreries. A elles cinq, elles assurent 82% du marché mondial du flaconnage de luxe destiné aux plus grands parfumeurs.

Il existe trois autres usines qui se sont spécialisées dans la fabrication des ampoules pharmaceutiques.

La fabrication et l’évolution des techniques ont favorisé l’implantation d’industries complémentaires. Ce sont des PME employant de 50 à 200 salariés spécialisés dans la fabrication des fours, des moules, de pièces de fonderie nécessaires aux verreries. Il faut y ajouter les modeleurs et les concepteurs de maquette, un ensemble qui fait de cette vallée une entité au service du verre.

Une grande tradition de lutte ouvrière :

Les travailleurs du verre ont toujours fait preuve d’une grande combativité pour défendre leurs conditions de travail et leurs salaires.

En 1904, les patrons décident de baisser les salaires de 10%, la riposte des ouvriers ne se fera pas attendre, le 14 août, 300 verriers grévistes, venus de toute la vallée, se réunissent au Tréport. Les gendarmes et les soldats du 39ème RI montent la garde autour des verreries Desjonquères et Gresset, de l’usine à gaz et de la maison du maire. Les gendarmes et les soldats interdisent aux manifestants l’accès à la gare de chemin de fer. Ils chargeront. Il y aura des blessées et des arrestations. La combativité ne faiblira pas pour autant. Le 30 août, toutes les verreries sont en grève. C’est dans ce contexte que se tient à Blangy sur Bresle, du 8 au 10 septembre, le congrès du syndicat CGT des ouvriers verriers. Au-delà des salaires il y a d’autres sujets de mécontentement. Les patrons veulent supprimer les économats (épiceries patronales) considérés comme salaire indirect. Le congrès aura à se prononcer sur des situations de rémunération du travail différentes d’une usine à l’autre du fait des modes de production.

Par exemple les verreries de Vieux Rouen et de Feuquières ont des tarifs avec primes. Des modifications de fabrication ont fait que le tarif horaire sans prime rapporte moins que l’ancien tarif pour certains ouvriers. Ceux-ci font donc grève pour exiger le retour à l’ancien système. Or, pour d’autres, le nouveau système est plus avantageux et ils souhaitent le conserver, ce qui n’est pas sans poser un problème pour trouver une revendication commune.

Toutefois à la verrerie Romesnil — hameau de Nesle-Normandeuse — un accord est trouvé. le travail pourrait reprendre mais le patron réclame deux mille francs de dommages et intérêts aux ouvriers pour fait de grève. Le mouvement de grève se poursuit donc.

Cette grève qui concerne des centaines d’ouvriers dans toute la vallée ne peut durer éternellement. Un délégué au congrès de la verrerie Romesnil déclare « …si on pouvait faire reprendre le travail à l’usine, sans verser d’indemnité, ce serait une partie de la grève gagnée et autant de grévistes en moins à soutenir ». Le congrès prend la décision d’envoyer une délégation discuter avec le patron. En fait c’est le patron qui se rend à la salle du congrès pour discuter. Après avoir exposé son point de vue, il déclare: « Ce qui nous empêche de transiger, c’est que nous avons rompu avec les autres patrons. Ce qui nous tient c’est une question d’honneur. Si nous reprenions sans exiger la moindre compensation nous serions la risée des autres ». Effectivement en négociant le patron a rompu la solidarité patronale.

Ce que nous pouvons retenir de cette situation c’est que les grévistes ont réussi à diviser les patrons. Un compromis va être trouvé sur proposition d’un délégué: « il y aurait un moyen de conciliation: vous cèderiez sur les dommages et intérêts, en donnant obligation aux ouvriers d’avoir à verser une indemnité à ceux qui on souffert de la grève, c'est-à-dire les auxiliaires ». Ce compromis, pour le moins désavantageux pour les ouvriers puisqu’il consiste à leur faire payer la responsabilité du conflit, permettra la reprise du travail.

La répression patronale

Le 5 septembre 1908, les patrons des usines de la vallée de la Bresle lockoutent l’ensemble des verriers, suite à un conflit entre les ouvriers de la verrerie Darras, à Blangy, et le patron qui a décidé de licencier le président du syndicat M. Pillon.

Le 11 octobre le conflit se poursuit. Une réunion de 300 verriers se tient au Tréport. C’est également le jour de l’inauguration du nouvel hôpital par un secrétaire d’État du gouvernement Clemenceau et le député de la circonscription Bignon. Sur l’itinéraire du convoi officiel se trouve la salle de réunion des 300 verriers. Au passage du défilé officiel, ils entonnent l’Internationale puis les cris de « Assassins, nous voulons du pain pour nos enfants » fusent. Sur les pancartes portées par les manifestants, nous pouvons lire « Nous avons faim – du pain ou la révolte ». Ces pancartes côtoient les drapeaux rouges des syndicats. La colère est compréhensible: les verriers sont lockoutés depuis le 5 septembre.

Devant l’hôpital les manifestants haranguent la délégation officielle en entonnant « si on ne les pend pas, on leur cassera la gueule » « du pain !  Vive la sociale ! ». Un cordon de soldats prend position pour repousser les verriers. Ceux-ci les appèlent à la désertion aux cris de « Vive le 17ème », en référence aux soldats du 17ème RI qui, en juin 1907, refusèrent de réprimer les vignerons du midi à Narbonne.

Le député Bignon leur répondra lors du banquet de la municipalité en déclarant « vous trouverez toujours votre député pour la Marseillaise contre l’Internationale, pour le drapeau tricolore contre le drapeau rouge, pour la République contre ceux qui voudraient la renier… ».

Après un mois de conflit, le 24 octobre, les verriers sont contraints de capituler car les patrons menacent d’éteindre les fours. Sur proposition de Pillon ils reprennent le travail.


Lock-Out  patronal des verriers en grève, lors du conflit de 1908. sur Bresle. Carte postale.

Les verriers ne sont pas les seuls à mener la lutte dans la vallée. Dans le port du Tréport le 12 mai 1908, les dockers cessent le travail pour exiger le renvoi d’un surveillant de travaux et qu'aucune sanction ne soit prise à l'encontre des grévistes. Ils auront le soutien des verriers de Desjonquères et de ceux de la verrerie Scobart qui leur verseront 250 francs au titre de la solidarité.

L’agitation est grande dans la région : les métallos du Vimeu, région du département de la Somme mitoyenne avec la vallée de la Bresle, menaient une grève durement réprimée.

En janvier 1906 c’est l’usine Debaurin qui est en grève. Le 3 avril, elle débute pour s’opposer aux licenciements de militants syndicaux. Le 1er mai l’armée charge 1 500 manifestants. La grève continue. Les bureaux et les maisons des patrons sont saccagés à Fressenneville. Ces manifestations violentes inquiètent les patrons verriers de la vallée tels Desjonquères, Scobart et Vieux Rouen. Ils vont réclamer protection de la gendarmerie pour leurs biens personnels et leurs usines.

Cette peur des ouvriers était partagée par le maire du Tréport. En août 1908 où se déroule la grève des verriers (dont nous avons parlé plus haut) plus celle des dockers, ce maire donc fera une demande de gendarmes supplémentaires car selon lui « la population se compose d’ouvriers du port, des usines et des marins parmi lesquels existent des individus suspects ou tarés dont les actes exigent l’intervention de la Police ». C’est ce que certains appellent la Belle Époque.

Après la 1ère guerre mondiale la lutte reprend :

La vie est dure pour les verriers. Le coût de la vie a triplé depuis 1914 et les salaires n’ont pas suivi. Les grèves menées avant le déclenchement de la guerre un peu partout dans le pays et le profond mécontentement depuis 1917 vont contraindre le gouvernement à faire voter le 23 avril1919 une loi limitant la journée de travail à 8 heures (48 H par semaine). C’est un premier succès, mais le compte n’y est pas.

Les luttes vont continuer contre la vie chère, contre la volonté du patronat et du pouvoir politique de faire supporter aux travailleurs les frais de la guerre, et ceci malgré la répression qui s’abat sur les militants dans les entreprises. La situation politique et sociale inquiète le patronat. Le 30 décembre 1920 a vu la création du Parti Communiste, ce qui est considéré par le patronat comme un danger supplémentaire.

En 1922 les minoritaires du congrès de la CGT (Lille en décembre 1921) vont créer la CGTU. Ce sera chez les verriers, comme ailleurs, une période d’affaiblissement des organisations et des luttes. Mais très vite les difficultés de la vie vont prendre le dessus et l’affrontement de classe va se manifester notamment à la verrerie Desjonquères où les ouvriers se mettent en grève en avril 1923 pour obtenir des augmentations de salaires.

Le syndicat déclare « face aux difficultés toujours croissantes de la vie, les ouvriers du Tréport demandent d’augmenter les prix de façonnage de 15 à 25 % ». Ils montrent, dans un tract signé du comité de grève et distribué à la population, que les patrons peuvent satisfaire la revendication.

En dénonçant les prix de vente de la production, on apprend « qu’un flacon rond d’un litre en verre blanc est payé 5,50 F le cent à l’ouvrier et est vendu en gros 87,50 F le cent sans autre suite de travail que l’emballage et l’expédition ».

Le 14 avril, un accord sera trouvé. La direction s’engage à majorer le prix du façonnage de 10 %. Selon l’accord, l’indice officiel du coût de la vie en 1922 à Rouen était de 295, il passe en février 1923 à 311. La direction accorde une indemnité de vie chère de 50% du taux horaire. Les poursuites judiciaires pour fait de grève sont abandonnées.

L’arme du lockout

Le 25 mars 1926, les patrons des verreries Scobart et Vareux lockoutent 300 ouvriers. Le conflit porte sur le salaire horaire. Un décret de février 1925 accorde 150 heures par an de dérogation à la loi de huit heures dans les verreries pour le travail préparatoire des fours. Le décret stipule que le travail préparatoire sera payé sur la base du salaire horaire moyen de l’ouvrier. Toutes les verreries de la vallée de la Bresle accordent une somme de 1 franc par jour pour la demi-heure de travail de préparation sauf Scobart et Vareux qui refusent de payer le travail préparatoire. Les syndicats de ces deux verreries font condamner les patrons à appliquer le décret. Vaincus, ils décident de tourner le jugement de la façon suivante : ils déclarent qu’ils ferment les usines et réembauchent à de nouvelles conditions de salaire, en tirant vers le bas évidemment. Ils proposent que le travail préparatoire soit effectué par 2 ouvriers au lieu de 4. Les ouvriers refusent, les patrons maintiennent le lockout.

Cette attitude patronale ira jusqu’à choquer le commissaire de Police du Tréport qui dans une note adressée au Sous-Préfet de Dieppe déclare « quand l’on songe à la prospérité remarquable que connaissent les maîtres verriers et aux bénéfices qu’ils réalisent, on ne peut que regretter leur intransigeance en la circonstance »

Scobart a fait appel du jugement devant le tribunal civil de Dieppe qui confirme la décision du juge de paix de Eu. Il est condamné à payer à des ouvriers effectuant les travaux préparatoires une indemnité journalière de 2,50francs à compter de mars 1925 ce qui est supérieur au tarif de 1F pratiqué dans les autres verreries.

Les verriers des autres usines, qui effectuent des travaux identiques, demandent à bénéficier de la même indemnité. Un compromis sera trouvé, on en restera à l’indemnité de 1F.

La verrerie Scobart fermera définitivement en 1933.

Les conditions de vie et de travail

Les usines sont, jusqu’aux années trente, souvent sans douches, sans vestiaires, sans lavabos. Les ateliers sont dépourvus de système d’aération, les protections contre les brûlures ou autres accidents sont dérisoires.

Les conditions de l’habitat ne sont pas meilleures. A Nesle Normandeuse, au Tréport, à Romesnil ou à Blangy-sur-Bresle on trouve un habitat semblable à ceux des corons des sociétés minières du Nord. Ce sont de petites maisons en briques d’un étage (il en existe encore aujourd’hui). Au début du 20ème siècle elles sont sans eau courante, sans électricité et sans toilettes, parfois il n’y a pas d’égout ou d’éclairage public comme au Tréport. Ces logements étaient la propriété des verreries. Les conditions d’habitat des ouvriers étaient loin de leurs préoccupations. Une étude réalisée en 1931 sur le plan national révèle que 50 % des ouvriers logent dans des locaux insuffisants ou surpeuplés. Il existe 250 000 taudis.

Cette situation aggrave l’état de santé des ouvriers déjà mis à mal par les conditions de travail. Un verrier de 40 ans est considéré en 1926 comme un vieux, en tenant compte que, pour certains, ils ont passé 30 années dans les usines.

Intérieur d'une verrerie de la vallée de la bresle dans les années 1950.

Le travail des enfants

Les enfants étaient nombreux dans les verreries. En 1907 ceux qui ont moins de 15 ans représentent 20% des effectifs des usines de la vallée.Ce sont les enfants des verriers ou des enfants venus de Bretagne avec leurs parents. D’autres sont des enfants orphelins ou abandonnés que les services de l’Assistance publique de Rouen fournissent aux patrons. Ils sont attachés à la verrerie jusqu’à leur majorité pour un salaire dérisoire.


Enfants Bretons travaillant à la verrerie d’Incheville — Coll. Musée du Verre à Blangy sur Bresle.
Les patrons verriers faisaient venir des enfants orphelins pour travailler dans les verreries.
Ils font aussi venir des servantes bretonnes, pour s'occuper du linge, du ménage, et de leur entretien quotidien, car la langue maternelle de ces enfants est le Breton; souvent ils ne comprennent pas le français.

En 1882 une loi interdit le travail des enfants de moins de 13 ans, mais les patrons, avec parfois la complicité des ouvriers, détournent la loi. Une nouvelle loi complètera celle de 1882 en 1892 en interdisant le travail de nuit des enfants, mais les patrons obtiendront des dérogations. Il faudra attendre 1911 pour que ces dérogations soient annulées. Le 21 mars 1914, les enfants de moins de 15 ans ne peuvent plus cueillir le verre dans les usines de fabrication de bouteilles. A 16 ans le poids du verre ne peut excéder un kilogramme et ceci jusqu’à 18 ans. En 1918 le travail de nuit sera supprimé.

Un demi-siècle de combat pour faire admettre le droit des enfants à n’être que des enfants. Le capitalisme n’abandonnant jamais sa volonté de reprendre les acquis tente aujourd’hui au nom de la communauté européenne de renvoyer des enfants de 16 ans à l’usine. C’est une conception particulière et réactionnaire de l’évolution de la société.

L’obtention d’une convention collective nationale en 1954

Le 23 juillet 1954, une convention collective nationale des industries de fabrication mécanique du verre voit le jour. Les syndicats CGT des verriers sont signataires. En 1955 sera encouragée  la mise en place d’un accord d’entreprise à Desjonquères qui aura des effets positifs sur les salaires et les classifications ainsi que sur la formation professionnelle. Une prime de fin d’année et une de vacances seront acquises, ce qui était exceptionnel à cette époque.

Les verriers de Desjonquères, au cours des années, arrachent des acquis particuliers. Par exemple : partant du principe que les prix des denrées augmentent l’été dans les stations balnéaires du Tréport et de Mers les Bains, lieux d’habitation des ouvriers, ceux-ci obtiendront une prime de vacances. En 1949 ils avaient bénéficié d’une attribution de 400 kg de charbon gratuit par foyer. Les modes de chauffage évoluant, l’attribution se transformera en indemnité.

Bras de fer à St Gobain-Desjonquères

C’est là le titre d’un article du Courrier Picard pour relater la grève de novembre - décembre 1966 dans cette verrerie. Cette lutte durera 3 semaines avant que la direction et les syndicats trouvent un accord.

La grève rassemble une large majorité des 1 500 salariés de l’usine, il y a quelques mois le syndicat a fêté le millième adhérent à la CGT. Mais la direction met à profit la coupure du courant et l’arrêt d’installation sensible pour prendre des sanctions contre deux délégués CGT qui sont licenciés et trois autres mis à pied. Prévoyant une occupation de l’usine le Préfet dépêche sur place un escadron de gardes mobiles pendant toute la durée de la grève.

En mai 1968, les verriers effectueront deux semaines de grève qui leur permettront d’améliorer la convention collective, une augmentation substantielle des salaires, le paiement des jours de grève.

En 1971, le patronat tentant toujours de reprendre ce qui a été obtenu, les verriers du Tréport seront en grève pendant 20 jours.

Surchauffe chez les verriers :

Le jeudi 11 octobre 1984 se tient, au siège de la direction, une commission paritaire sur les rémunérations. La direction annonce une augmentation de 5% pour l’année et une prime de 600 F pour compenser la perte du pouvoir d’achat. Les syndicats CGT et CFDT jugent les propositions insuffisantes. Le jour même 1 000 salariés, sur un effectif de 1 700, décident d’arrêter le travail. Des piquets de grève se mettent en place, la production est arrêtée et les expéditions sont suspendues. Les grévistes occupent l’usine.

Une assemblée générale se tiendra le 15 octobre où sera décidé de poursuivre le mouvement pour obtenir de nouvelles négociations. Le 16 octobre, le PDG de St Gobain se décide à se rendre à l’usine et de recevoir les délégués. L’entrevue sera brève, ses propositions sont celles que les travailleurs ont refusé le 11 octobre, ce qui fait monter la colère des grévistes qui décident de retenir ce monsieur et d’intensifier le blocage de l’usine.

La direction fait appel au Préfet pour obtenir une intervention des forces de Police. En pleine nuit les CRS interviennent pour dégager le PDG. C’est sous les huées des grévistes que celui-ci peut sortir de l’usine.

Les maires communistes de Mers les Bains et du Tréport protestent contre cette intervention policière indigne d’un gouvernement de gauche, dans une entreprise nationalisée depuis 1981.

Le mercredi 18 octobre les délégués syndicaux sont convoqués devant un tribunal pour libérer les accès à l’usine. Le juge appelle les parties en conflit à renouer le dialogue. La direction accepte, à condition que l’occupation de l’entreprise soit levée.

 La CGT et la CFDT font voter les grévistes sur des propositions permettant une issue positive au conflit. Levée du blocage des expéditions et rétablissement de la liberté du travail dès 22 heures, mais poursuite de la grève. Ces propositions seront acceptées à 70%, les conditions sont remplies pour reprendre les négociations. Le samedi 20 octobre les délégués syndicaux rencontrent la direction de St Gobain en présence de l’inspecteur du travail. La direction accepte d’augmenter la prime de 600 à 750 F mais reste intransigeante sur les salaires.

Les travailleurs décident de poursuivre la lutte sous une autre forme par 2 heures d’arrêt de travail par jour jusqu’au 31 octobre.

La direction voulait démontrer, notamment à la presse, que les verriers étaient des nantis, des privilégiés par rapport aux autres salariés de la vallée de la Bresle. Alors les ouvriers ont sorti leur bulletin de salaire pour rétablir la vérité, la paie va de 5 000 à 5 700 F par mois pour travailler la nuit, dimanche et jours fériés. La direction annonçait 8 600 F mensuel en oubliant de préciser qu’il s’agissait du salaire moyen de l’entreprise toutes primes comprises.

Le PDG de St Gobain qui n’avait pas apprécié son séjour forcé dans l’usine dépose une plainte contre 6 militants CGT et un militant CFDT pour séquestration. Les militants sont convoqués le 12 mars au commissariat de police du Tréport. L’ensemble des ouvriers les y accompagneront.

La pression sera suffisante pour que la plainte soit finalement retirée. Une fois de plus les ouvriers du verre forts de leur combativité, de leur unité, ont tenu en échec les patrons.

Les verriers du Courval :

Il existait des délégués du CE, adhérents à FO depuis les années 1950, semble-t-il. En 1973 le syndicat CGT est reconstitué à la verrerie du Courval qui comprend trois usines, près de 1 000 salariés. Très vite le mécontentement qui existait dans ces usines peut alors s’exprimer. Des aspirations longtemps contenues deviennent des exigences. Pendant l’hiver 1974, une grève éclate. Elle durera cinq jours. Un accord est trouvé, améliorant les rémunérations ainsi que les conditions de travail et l’application de la convention collective dans son intégralité.

Aujourd’hui d’autres verreries sont encore en activité comme Vieux-Rouen, Boralex, Romesnil. Comme dans les plus importantes, les salariés défendent âprement leurs conditions de vie et de travail.

La verrerie est une industrie où l’on aime le travail bien fait, la beauté des flacons de parfum en est la référence. J’invite le lecteur à découvrir ce dont est capable cette profession en rendant une visite au Musée du verre à Blangy sur Bresle.

Biographie et sources :


 

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