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Editorial

Regards sur le Havre

 Le Havre, une ville qui sent l’usine et qui sent la mer et qui sent aussi la lutte

 (suite)

  1. Le paysage économique et sociale du Havre dans les années 60

  2. Vingt ans plus tard ! Le paysage ÉCONOMIQUE et SOCIAL du HAVRE dans les années 80.

  3. Les Mutations  Économiques et Sociales dans les secteurs industriels du Havre, de 1950 à 1980

  4. Le Paysage Économique et Social du Havre en 2003

  5. Les Mutations Économiques et Sociales dans le Havre (Intra-muros) de 1980 à 2003

  6. Conclusions

Par  Albert Perrot

1- Le Paysage Économique et Social du Havre dans les années 60.

Dans les années 60, l’activité industrielle et maritime a repris son essor. La reconstruction du Havre se continue, mais déjà le visage de la Ville s’est considérablement modifié, avec ses grandes avenues, comme l’avenue FOCH, la rue de Paris, les immeubles et les tours de l’architecte Auguste Perret. Et l’on voit jaillir vers le ciel des monuments remarquables comme l’Hôtel de Ville, l’Église St Joseph, phare tourné vers l’Océan.

Les cicatrices de la guerre se sont effacées. Les entreprises ont repris leur rythme de croisière. Le secteur industriel reste consacré pour l’essentiel à l’industrie lourde.

Selon le recensement de 1962, la population du HAVRE s’élève à 191 583 habitants.

En 1962, Le Havre compte 46 532 salariés dans les entreprises privées occupant plus de 50 salariés.

La répartition des salariés dans le secteur industriel de production est la suivante :

 -  12 434 travaillent dans la Métallurgie, construction et réparation navales.

-   7 633 travaillent dans le bâtiment et Travaux publics.

-   1 259 travaillent dans les industries pétrochimiques.

-   1 092 travaillent dans l’industrie du bois.

-   712 travaillent dans les industries alimentaires.

-   610 travaillent dans l’industrie textile et confection.

Au total 23 740 salariés travaillent dans les entreprises de production de plus de 50 salariés.  

Quelles sont les entreprises les plus importantes dans les différents secteurs industriels ?

 Métallurgie

FORGES et CHANTIERS DE LA MEDITERRANEE

1763

COMPAGNIE ELECTRO MÉCANIQUE C.E.M                          

1629

TREFIMETAUX et CORDERIES de la Seine

2116

CAILLARD

1355

AUGUSTIN NORMAND    

799

DUCHESNE et BOSSIERE                               

712

COGER

100

Le secteur maritime, deuxième pilier de l’économie havraise

Le deuxième grand secteur d’activité du Havre est le secteur Maritime et Portuaire.

Le Havre est depuis sa création un PORT, port de marchandises, mais aussi port des prestigieux Paquebots de la ligne transatlantique.

En 1962, le PORT AUTONOME compte 98 entreprises de manutention qui emploient au 1er janvier 1962, 4228 dockers. Ils étaient 5922 au 1er janvier 1950.

La Compagnie Générale Transatlantique occupe à elle seule, à cette époque,

-  6439 salariés, répartis ainsi :

-  1239 employés

-  1000 dans les ateliers

-  2000 marins sur les paquebots

-  2200 marins dans les cargos.

Les effectifs du PORT AUTONOME du Havre se montent à : 1570 salariés dont 330 marins.

Il faut souligner l’importance que représentent les effectifs de MARINS au Havre.

7710 marins sont employés par des Compagnies maritimes ayant leur établissement principal au Havre, auxquels se rajoutent les 760 marins des entreprises portuaires (Port Autonome du Havre, Abeilles, pilotage du Havre et de la Seine). 

Au total, il y a plus de 8000 marins, dont environ 3000 sont domiciliés au Havre.

Le secteur maritime et portuaire est un secteur essentiel de l’activité du Havre.

Le Havre est une Ville qui sent la mer.

En complétant ce secteur tertiaire par les employés du commerce, le total des effectifs : TRANSPORTS, MANUTENTION, SERVICES, COMMERCE, se monte à plus de 20 000 salariés.

Comme le montre cette photographie économique du Havre en 1962, le Havre reste dans les années 60, plus que jamais une ville industrielle et maritime.

Une ville qui sent l’usine et qui sent la mer.

Une ville industrielle avec de nombreuses usines de grande importance dans la METALLURGIE : si les entreprises de construction et de réparation navales occupent une place importante, il existe aussi des entreprises de fonderies, de mécanique générale, de tréfilage et laminage. Au total 12 434 métallurgistes.

Le secteur BATIMENT et TRAVAUX PUBLICS comprend 48 entreprises de plus de 50 salariés et occupe au total 7633 salariés.

L’industrie du BOIS et les industries pétrochimiques montrent la diversification de l’industrie Havraise.

Le secteur maritime représente le deuxième pilier de l’économie Havraise. Le commerce bat son plein. C’est aussi l’ère florissante des grands et prestigieux paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique :  « DE GRASSE », « LE LIBERTE », « FLANDRE », « COLOMBIE », « ANTILLES », « ILE DE France », et le dernier de ces seigneurs de la mer, « LE FRANCE ».

Au total, ce sont 20 000 salariés qui travaillent dans ce secteur maritime et portuaire.

Cette photographie économique du Havre en 1962 montre à l’évidence que Le Havre est, à cette époque une ville industrielle et maritime, et une ville essentiellement OUVRIERE.

2- Vingt ans plus tard ! Le paysage ÉCONOMIQUE et SOCIAL du HAVRE dans les années 80.

Évolution des Secteurs Industriels : De 1962 à 1979

  1962 1979

Bâtiment et Travaux Publics

7 633 salariés 

4405 salariés

Industries Pétrochimiques

1 252 salariés 

1639 salariés

Agro Alimentaire

712 salariés

1170 salariés

Industrie du Bois

1 092 salariés

177  salariés    

Secteur des services, transport, manutention :

Le nombre des DOCKERS PROFESSIONNELS est passé de 4228 au 1er janvier 1962 à 3705 au 1er janvier 1980. Selon l’INSEE le nombre de salariés employés dans les SERVICES est passé de 19 246 en 1961 à 24 665 en 1980.

Dans le secteur COMMERCE, il est passé de 2612 en 1961 à 2963 en 1980.

Ces deux secteurs connaissent pendant ces vingt ans une progression importante.

3- Les Mutations  Économiques et Sociales dans les secteurs industriels du Havre, de 1950 à 1980

De profonds bouleversements affectent le paysage de la métallurgie Havraise pendant cette période.

En 1953, c’est la fermeture de la SCAN, anciens établissements BREGUET, un des fleurons de l’aéronautique française, pionnière des grandes luttes de 1936 avec la première occupation d’usine : 750 travailleurs licenciés.

Le secteur CONSTRUCTION NAVALE subit une profonde crise à la suite du Livre Blanc de la Construction navale de 1959 qui prévoit la réduction du nombre de chantiers navals dans un premier temps de huit à cinq, et à ne laisser qu’un seul chantier par mer.

Pendant cette période, la construction navale Havraise connaît un véritable séisme : avec en 1963 la fermeture des chantiers Augustin Normand, chantier qui a marqué la construction navale par ses innovations : initiateur de la construction de bateaux avec une coque en fer, et de la première utilisation de l’hélice. Le quartier du PERREY qui a été historiquement le lieu d’implantation de nombreux chantiers navals, perd son dernier chantier, un des plus prestigieux.

Quelques années plus tard, tout est rasé, et à la place de ce chantier, surgit une résidence : la Résidence de France. Belle opération immobilière ! Ainsi va la vie !

Deux ans plus tard, c’est au tour de la société des FORGES et CHANTIERS de la MEDITERRANEE qui possède deux entreprises au Havre : les ateliers MAZELINE et le chantier de GRAVILLE, qui rentre dans la tourmente. A la suite de difficultés financières, la société est menacée de liquidation et de fermeture totale.

Grâce à l’action énergique et tenace du personnel, la fermeture des deux entreprises sera évitée : MAZELINE sera acheté par un groupe américain DRESSER et français VALLOUREC et deviendra : DRESSER – DUJARDIN ; le chantier de Graville sera repris par les ACH. Mais la liquidation des Forges et Chantiers de la Méditerranée sera  prononcée en 1966.

MAZELINE perd sa vocation de construction Navale. Cette restructuration se fera au prix de deux vagues de licenciements : 200 en 1965, 140 en 1966, au total 340 travailleurs jetés à la rue.  

D’autres fermetures se succèdent :

Cette période connaît des  bouleversements brutaux et dramatiques dans le secteur de la métallurgie. Les fermetures se succèdent avec leurs cortèges de licenciements, plongeant des milliers de familles dans l’angoisse et souvent dans la misère.

Le secteur Bâtiment et Travaux Publics enregistre également la disparition de nombreuses entreprises et surtout une forte diminution du nombre de salariés :

De 7633 en 1962, on tombe à 4405 en 1979 soit une diminution de 3228 salariés employés dans le Bâtiment et Travaux Publics dans le Havre intra-muros.

Le secteur ALIMENTATION voit le nombre de salariés augmenter, grâce à l’implantation de FRALIB (thé LIPTON) avec 171 salariés, mais la brasserie PAILLETTE tombe de 248 salariés à 142.

L’industrie du BOIS pendant cette période plonge brutalement. Les grosses entreprises ont fermé : MULTIPLEX, LUTERMA, HUMBERT ; les établissements CHARLES ont considérablement réduit leur personnel : de 309 salariés, ils sont passés à 80.

Cette industrie qui comptait 1092 salariés n’en compte plus que 177.

C’est la disparition d’une industrie traditionnelle Havraise, qui employait une main d’œuvre féminine importante.

Le patrimoine industriel du Havre s’appauvrit gravement. Cette ville qui a connu un essor industriel important à la fin du 19ème siècle et début du 20ème subit maintenant les conséquences de la crise économique. Si le secteur des emplois industriels a baissé

gravement, le secteur des SERVICES a fait un bond en avant avec près de 6000 emplois en plus.

Mais il faut  prendre en compte un fait économique d’importance :

La zone industrielle du Havre, créée dans les années 60 s’est développée sur toute l’agglomération du Havre, notamment sur les communes de GONFREVILLE L’ORCHER, HARFLEUR, SANDOUVILLE, MONTIVILLIERS….

Les nouvelles usines implantées sur cette zone sont à dominante pétrochimiques. Mais une entreprise métallurgique d’importance : RENAULT SANDOUVILLE draine de nombreux emplois dans toute la Région.

Il importe de dresser le paysage économique de cette zone industrielle au début des années 80. Le secteur pétrochimique emploie 6 138 salariés répartis dans 15 entreprises, les plus importantes étant :

Le secteur BATIMENT et TRAVAUX PUBLICS comprend 12 entreprises pour 1632 salariés.

La METALLURGIE compte 8 entreprises avec 12 948 salariés, la plus importante étant RENAULT SANDOUVILLE avec 11 269 salariés et HISPANO SUIZA avec 760 salariés.

Ainsi plus de 20 000 salariés travaillent sur la zone industrielle du Havre. Mais ils viennent de toute la région.

Il est donc intéressant de voir comment se répartissent les emplois dans les principales communes de la zone industrielle de l’agglomération Havraise, et

combien d’emplois sont occupés par les Havrais sur cette zone.

En 1982, 8461 Havrais travaillent sur la zone industrielle, soit 33 % des emplois. Le pourcentage d’emplois Havrais important dans la commune de Gonfreville s’explique par l’implantation ancienne de deux usines : HISPANO SUIZA (anciens établissements Schneider) et la CFR créée en 1933.

Le nombre d’emplois important à SANDOUVILLE résulte de l’implantation de RENAULT SANDOUVILLE. Il faut noter que dans cette usine, 29,7 % seulement de Havrais y sont employés (3083), la majorité venant de toute la région, notamment de communes rurales.

Il est certain que l’existence de la zone industrielle du HAVRE, a permis en partie de compenser la perte d’emplois industriels au HAVRE même, à la suite de fermetures d’entreprises.

A noter également que sur deux entreprises Havraises qui se sont délocalisées sur la zone industrielle : la Chaînerie Veillée et le Nickel (ERAMET), seule subsiste l’usine du NICKEL.

Deux usines importantes existaient bien avant la création de la zone industrielle : HISPANO et la C.F.R.

Répartition des emplois en 1982 d’après l’INSEE .

 Communes                   

Nombre d’emplois dans la commune

Nombre d’emplois occupé par les Havrais

%

Gonfreville L’Orcher

6621

2883

43,5%

Harfleur

3940

1452

39,1%

Montivilliers

2998

587

19,6%

Oudale

274

113

41,2%

Rogerville

429

209

47,8%

St Victor d’Ymonville

341

63

18,5%

Sandouville

10396

3083

28,7%

Octeville sur Mer

580

3083

29,7%

 

25579

8461

 

4- Le Paysage Économique et Social du Havre en 2003

En ce début du 21ème siècle, comment se présente la situation économique et sociale du Havre intra-muros ? Quelle a été son évolution depuis les années 80 et depuis les années 60 ?

Secteur INDUSTRIEL : Métallurgie, Bâtiment, Pétro chimie, Agro alimentaire, Bois, Textile en 2003: Globalement, toutes les industries ont subi une grave dégradation pendant cette période. Il n’est que d’examiner l’évolution de la situation secteur par secteur pour mesurer l’ampleur de cette dégradation.

MÉTALLURGIE

Au 1er janvier 2003, la mécanique générale ne compte plus que 8 entreprises de plus de 50 salariés, 5 de plus de 100 salariés et une seule de plus de 500 salariés.

Au total, 2204 salariés dans la Mécanique générale.

La REPARATION NAVALE ne compte plus qu’une seule entreprise de plus de 50 salariés : la SORENI avec 86 salariés.

Au total, la réparation navale occupe 259 salariés répartis dans 8 entreprises.

Le secteur : Entretien et réparation automobiles emploie 495 salariés dans 6 entreprises.

La METALLURGIE compte au total 2958 salariés.

***

BÂTIMENT et TRAVAUX PUBLICS

Ce secteur, comme celui de la Métallurgie a connu une sévère dégradation en l’espace de 20 ans.

En 2003, il ne compte plus que 14 entreprises avec un total de 1396 salariés.

***

SECTEUR PETRO CHIMIE, VERRE, PEINTURES.

Ce secteur totalise 1007 salariés avec 6 entreprises, dont 2 de plus de 100 salariés :

VERRERIE TOURRES              388 salariés

MILLENIUM CHEMICAL            422 salariés

***

 SECTEUR AGRO ALIMENTAIRE

 Ce secteur, à la suite de fermetures d’entreprises comme FRALIB s’est fortement réduit.

Il ne compte plus que deux entreprises importantes :

LEGAL CAFES                          232 salariés

SLAUR                                       138 salariés

Au Total:                                 370 salariés

***

 SECTEUR BOIS

 Les anciennes entreprises du Bois ont toutes fermé.

Une nouvelle entreprise : INTERIOR’S emploie 350 salariés.

***

ÉVOLUTION DU SECTEUR INDUSTRIEL dans son ensemble

Le secteur industriel a perdu 7764 emplois depuis 1979 et 17 659 emplois depuis 1962.

Ainsi c’est près de 18000 emplois qui ont été supprimés au cours de ce demi-siècle. C’est la conséquence des multiples fermetures d’entreprises, des licenciements, des réductions d’effectifs.

Les chiffres dans leur réalité brutale témoignent que Le HAVRE, cette ville qui sentait l’usine est maintenant une ville sinistrée sur le plan industriel.

Des secteurs entiers ont disparu dans la Métallurgie comme la Construction navale, les grosses entreprises de mécanique,  ainsi que les industries.

***

Évolution de l'emploi de 1962 à nos jours

 

Métallurgie

Bâtiment Travaux Publics

Pétro-Chimie

Verre

Agro

Alimentaire

Bois

Textile

1962

12 434

7 633

1 259

712

1 092

610

1979

8 525

4 405

1 639

1 170

177

0

2003

2 958

1 396

1 007

370

350

0

5- Les Mutations Économiques et Sociales dans le Havre (Intra-muros) de 1980 à 2003

Pendant cette période le secteur industriel du Havre, déjà très touché dans la période précédente, va connaître une amputation dramatique avec la fermeture d’usines Havraises très anciennes, dans la métallurgie.

Toutes les grosses entreprises qui ont animé le boulevard Jules Durand, en ont fait une véritable ruche ouvrière et sociale, scandée par des luttes, des grèves, subissent la crise et un déclin inexorable.

***

Le déclin dramatique des TRÉFILERIES et LAMINOIRS du HAVRE !

Construites à la fin du 19ème siècle, cette usine très vaste qui en fait en comprend trois, s’étend sur 30 ha, le long du boulevard Sadi Carnot, actuellement boulevard Durand.

Pendant la première guerre mondiale, les Tréfil’s ont occupé jusqu’à 7600 ouvriers, pour la fabrication du matériel de guerre.

- En 1962, les Tréfil’s fusionnent avec la Compagnie Française des Métaux, et deviennent : « TRÉFIMETAUX ».

- En 1970, Tréfimétaux devient filiale de Péchiney.

- En 1972, une première fermeture vient amputer l’entreprise : celle des « CORDERIES DE LA SEINE », jetant au chômage des centaines de travailleurs, et surtout des travailleuses.

- Dès 1974, premières menaces de licenciements massifs.

- En 1981, TRÉFIMETAUX disparaît en tant que tel, et se divise  en trois sociétés.

Cet éclatement de Tréfimétaux provoque une dégradation de la situation. En 1984 : c’est la fermeture de « CUIVRE et ALLIAGES ».

Fin 1989, début 1990, c’est la fermeture de TECHNOR (anciennement Hauts Fourneaux de la CHIERS).

En janvier 2003, « Les Tréfileries et Câbleries du Havre », comptent 72 salariés. En avril, il n’y a plus qu’une trentaine de travailleurs.

Les « TREFIL’S » devenues « TRÉFIMETAUX » sont pratiquement rayées de la carte industrielle du Havre. Avec elles, disparaissent un des secteurs les plus importants de l’industrie métallurgique du Havre. Cette usine a marqué non seulement la vie économique du Havre, mais aussi très fortement sa vie sociale, avec des grèves et des actions très dures.

***

La Réparation et la Construction Navales, secteurs essentiels de l’économie Havraise sont frappés à leur tour.

Les années « 1986 – 1987 » sont des années noires qui se traduisent par la liquidation foudroyante de la réparation navale Havraise.

Les ARNO (anciens établissements CAILLARD et Chantiers de Normandie) procèdent à des licenciements massifs : 203 au Havre, ce qui provoque colère et révolte des travailleurs avec bureaux saccagés, vitres en éclats, placards brûlés…

En 1987, les ARNO mis en redressement judiciaire, déposent le bilan. C’est la fermeture des ARNO et avec eux disparaissent des vieux noms de la réparation navale : CAILLARD et CHANTIERS de NORMANDIE.

Puis c’est la COGER qui dépose à son tour son bilan en juin 1987.

La réparation navale qui a été pendant toute l’histoire du Havre un secteur essentiel de l’industrie est quasiment mise à mort.

Ce sont des milliers de travailleurs qui perdent leur emploi et sont condamnés au chômage.

Mais la série noire continue dans la métallurgie. En 1993, le groupe ALSTHOM annonce la fermeture de son site Havrais.

Cette usine plus connue sous le nom de C.E.M (Compagnie Électro Mécanique) était devenue l’une des plus importantes entreprises métallurgiques Havraises. Malgré une lutte très longue et très dure, menée avec le soutien de la population, des secteurs d’activité comme celui des transformateurs sont arrêtés. Une activité chaudronnerie est maintenue sur le site avec 210 personnes.

En 1999, c’est la liquidation totale avec la fermeture de la CMS. Encore une fermeture qui frappe de plein fouet la Métallurgie Havraise !

De 1996 à 1999, une lutte longue, acharnée, obstinée s’engage pour maintenir à flot le dernier chantier de Construction Navale au Havre les « ACH », sauver les milliers d’emplois qui y sont liés. C’est la puissante lutte des ACH. Cette activité essentielle ne pouvait disparaître, tant elle était ancrée depuis des siècles dans l’histoire industrielle de la ville, tant elle faisait partie de la substance même du Havre, de son identité profonde.

Les Havrais gardent au fond d’eux-mêmes une très grande fierté des navires, des bateaux construits au Havre, ou faisant escale au Havre, parce que des milliers d’hommes ont investi leur intelligence, leur savoir-faire, leurs connaissances dans la construction de ces superbes navires, parce que cela représente un héritage et qu’il faut le préserver et l’enrichir.

Face à la menace de la liquidation définitive de la construction navale, Le Havre s’est insurgé, s’est levé de toute part : les travailleurs des ACH en première ligne qui ont, sans arrêt, semaine après semaine, organisé des actions de toutes sortes : grèves, manifestations, pression sur les Pouvoirs Publics ; ils ont été soutenus dans leur lutte par les salariés de toutes corporations, les élus de toutes tendances, les municipalités du Havre et de la Région, le Comité de défense des ACH regroupant les forces vives de la Cité dans leur diversité.

Malgré cette mobilisation puissante et cette action unanime, la fermeture des ACH n’a pu être empêchée. Le 23 octobre 1999, c’est le dernier lancement à Graville du dernier navire. Ce qui est d’habitude un jour de liesse et de fierté, devient un jour noir, sombre, un jour d’amertume profonde, de rage, et de révolte.

Ce lancement marque le point final de quatre cent cinquante ans de construction navale au Havre.

Avec la liquidation de la construction navale, le Havre perd une part essentielle de sa substance industrielle, de sa force vitale, il est profondément mutilé, et ces milliers de travailleurs, de salariés qui ont fait vivre cette activité sont eux aussi blessés dans leur chair, atteints dans leur fierté de travailleurs.

Ce 20ème siècle qui a vu grandir, se développer cette activité navale se termine par son enterrement tragique.

Le sort de CAILLARD LEVAGE, autre vieille entreprise du quartier de l’Eure, spécialisée dans la construction de grues et engins de levage, subit un sort identique à CAILLARD réparation navale. Après un dépôt de bilan en 1981, l’usine est rachetée par Fives-Lille Cail Babcok, puis change à nouveau de propriétaire en 1996 et passe sous la coupe de Rolls-Royce, pour aboutir en 2001 à une fermeture définitive avec licenciement d’une centaine de travailleurs.

En mars 2003, TROUVAY CAUVIN autre entreprise ancienne du Havre dépose elle aussi son bilan avec à la clef trois licenciements : 230 licenciements au Havre, 192 à KTC à Fécamp, et 200 à TC VAL sur la zone industrielle.

Le boulevard Jules Durand, le quartier de l’Eure sont devenus des déserts industriels.

Le Havre qui sentait si fortement l’usine, qui vivait au rythme du travail des usines, qui était véritablement une ville « ouvrière » a été vidée de sa substance, de sa sève vitale !

***

SECTEUR TERTIAIRE : Commerce, Manutention, Transport, Services.

Le nombre de DOCKERS PROFESSIONNELS a très fortement diminué, passant de 3705 au 1er janvier 1980 à 1651 au 1er janvier 2003.

Le secteur COMMERCE emploie 1837 salariés répartis dans 23 entreprises, les plus importantes étant AUCHAN, les magasins CHAMPION, et MONOPRIX.

Les TRANSPORTS ROUTIERS comptent 10 entreprises, avec un total de 1123 salariés.

Les TRANSPORTS MARITIMES et FLUVIAUX emploient 2644 salariés répartis dans 34 entreprises.

Les ENTREPRISES DE SERVICES représentent un nombre important de salariés : 16 604.

Ce chiffre englobe notamment : les salariés de la Ville du Havre, du Port Autonome, EDF – GDF, la CPAM, l’Hôpital du Havre, et les cliniques, les BANQUES et Assurances, les entreprises de nettoyage, diverses entreprises de services.

Au total, le secteur tertiaire compte 23 859 salariés, chiffre nettement supérieur au nombre de salariés de l’industrie : 6081.

Ce chiffre montre une tertiarisation importante et croissante de l’emploi au Havre.

ZONE INDUSTRIELLE DU HAVRE : Situation et évolution de l’Emploi : 1979 – 2003

SECTEUR METALLURGIE

Au 1er janvier 2003, la Métallurgie compte 22 entreprises, dont 9 de plus de 100 salariés. Au total 9 595 salariés.

Les entreprises les plus importantes sont les suivantes :

SECTEUR, CHIMIE, PETRO CHIMIE.

Ce secteur comprend au 1er janvier 2003, 15 entreprises pour un total de 4884 salariés.

Les entreprises les plus importantes sont :

SECTEUR BÂTIMENT -  TRAVAUX PUBLICS.

Ce secteur totalise 27 entreprises pour un total de 2520 salariés. 9 entreprises ont un nombre supérieur à 100 salariés, les plus importantes étant :

INDUSTRIES DIVERSES

Ce secteur comprend 6 entreprises pour un total de 554 salariés. L’industrie dans la zone industrielle emploie un total de 17 553 salariés.

Le secteur industriel dans la zone industrielle a perdu 8026 emplois.

SECTEUR TERTIAIRE:

COMMERCE: Ce secteur comprend 14 entreprises de plus de 50 salariés, avec un total de 1519 salariés, les plus grandes entreprises étant les magasins AUCHAN, LECLERC, LEROY MERLIN, CASTORAMA.

TRANSPORTS: 1119 salariés travaillent dans ce secteur répartis dans 15 entreprises.

2638 sont employés au total dans ces deux secteurs importants du tertiaire. S’ajoutent à ce chiffre, les salariés du secteur public.

Il est donc intéressant de regarder l’évolution de la totalité des emplois dans les principales localités de la zone industrielle de 1982 à 1999.

Trois villes de la zone industrielle ont vu les emplois augmenter régulièrement : Gonfreville-l’Orcher, Octeville avec notamment la venue de la SIDEL, et Montivilliers avec l’implantation de nombreuses petites et moyennes entreprises à dominante tertiaire.

Par contre SANDOUVILLE, où est implanté RENAULT a baissé fortement de 1982 à 1999.

Il faut rappeler que les emplois sur la zone industrielle sont occupés seulement par 33 % de HAVRAIS.

***

 

Nombre D'emplois Dans la Commune

Dont occupés Par des Havrais

% des emplois Occupés par  des Havrais

Nombre d'emplois dans la Commune

Dont occupés par des Havrais

% des emplois occupés par  des Havrais

Nombre  d'emplois dans la Commune

Gonfreville-L'Orcher

6621

2883

43,5

6125

2410

39.3

7353

Harfleur

3940

1542

39,1

4603

1883

40,9

4197

Montivilliers

2998

587

19,6

4664

1477

31,7

6238

Oudalle

274

113

41,2

270

82

30,4

528

Rogerville

429

205

47,8

679

286

42,1

627

Saint Victor d'Ymonville

341

63

18,5

428

105

24,5

650

Sandouville

10396

3083

29,7

9165

2631

28,7

7489

Octeville sur Mer

580

71

12,2

639

148

23,2

1499

TOTAL

25.579

8547

 

26.574

8574

 

28.581

 

 

1979

1982

1999

Le Havre

82 033 emplois

76 500 emplois

 

CONCLUSION

Pendant cette même période de 1982 à 1999, comment a évolué le nombre total d’emplois au HAVRE intra muros ? Comme ces chiffres le prouvent, le nombre d’emplois au Havre n’a cessé de décroître.

Le HAVRE a-t-il changé d’image ? A cette question, on peut  répondre oui. Mais  dans quel sens ?

Qu’est devenue cette ville qui sentait l’usine, qui était quadrillée aux quatre coins de rue par des entreprises industrielles depuis le front de mer jusqu’aux quartiers périphériques ?

La quasi totalité des entreprises industrielles a été rayée de la carte. Dans la métallurgie, une seule entreprise importante reste debout : DRESSER RAND, MAZELINE. Encore, faut-il rappeler que cette usine a été sauvée de la fermeture en 1966 grâce à l’action tenace du personnel, à la solidarité active de tous les salariés, de la population, de la Municipalité de gauche.

Le boulevard Durand (ancien boulevard Sadi Carnot), le quartier de l’Eure, la rue Démidoff, les Neiges, tous ces quartiers ouvriers, grouillant de vie, d’animation sont maintenant vides.

Le Havre sent toujours la mer ! Mais si les navires rentrent toujours au port, que sont devenus les 8000 marins des années 60 ? Aujourd’hui, les navires battent pavillon de complaisance avec des équipages étrangers !

Oui, le Havre a changé économiquement et socialement. Mais il importe de redonner au Havre une substance industrielle solide, source d’une authentique prospérité, de création de richesses. La zone industrielle étant avant tout consacrée à l’industrie lourde, il importe de miser pour le Havre sur les entreprises de haute technologie, de recherches non polluantes

Il faut retrouver un équilibre entre les emplois industriels, créateurs de richesses et les emplois de secteur tertiaire.

Le Havre tout au long de son histoire a conjugué vie maritime et vie industrielle.

Aux salariés d’aujourd’hui, au « peuple du Havre » de continuer à écrire leur histoire, une histoire qui prend racine sur le passé pour construire l’avenir.

 Albert Perrot.

(2005)

 SOURCES :

Photos Gérard Lecompte, Eric Houry, collection FCM

 

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